Que penses-tu qu’il se passe après la mort ? La question, souvent soulevée, jamais vraiment répondue, m’avait été posée lors d’un échange d’idées.
Après la mort, on assiste à un pourrissement de la chair, un retour de notre corps à la nature. Nature qui nous a nourris, nature qui nous a fait vivre. C’est donc justice que de la nourrir une unique fois et de rendre une infime partie de tout ce que l’on a reçu. Mais je pense que cette question ne cible pas l’enveloppe charnelle mais l’âme. Certains l’appellent conscience. D’autres la nomment esprit. Quelle qu’en soit la domination ou les subtiles différences, il n’en reste pas moins que le mystère reste entier. Cette interrogation a donc résonné en moi, et une réflexion en a germé.
Ce qui m’a d’abord paru le plus logique est l’absence de preuves scientifiques d’une vie après la mort. D’anciens textes, aussi sacrés soient-ils, ne suffisent pas à démontrer l’existence d’une terre promise, d’une réincarnation ou d’une vie éternelle après l’extinction. Je me suis au contraire basé sur des articles bien plus récents, glanés au fil de ma vie et trop souvent lus de travers. Il n’en reste pas moins que les Near Death Experience (NDE) relatant les souvenirs d’un homme qui aurait aperçu une chaude et éclatante lumière sont suffisamment rares pour être à chaque fois cités. La preuve n’est donc pas là probante. Scientifiquement, rien ne prouve que l’âme, tel un nuage de vapeur aspiré par un souffle d’air, s’envolerait vers des territoires inconnus où tous les morts se retrouveraient, attendant le jugement dernier ou une réincarnation à travers le Nirvana. Dans les faits, la conscience est attachée à son enveloppe corporelle. Et pourtant, le doute persiste. En effet l’état végétatif démontre que l’esprit peut être éteint mais le corps toujours fonctionnel. La relation est donc difficile à établir et la science se casse les dents sur ce sujet, existentiel pour beaucoup.
Ne pouvant trouver ma réponse dans les preuves et les démonstrations, je me suis tourné vers cette interrogation de façon intimiste, pour déterminer ce que je ressentais. Adieu les raisonnements et la logique, place aux sentiments et à l’émotion. De quoi ai-je besoin pour me considérer heureux ? Dois-je même avoir un avis arrêté. Je ne pensais pas à la mort. Effectivement je n’ai pas été directement confronté à la mort, j’ai la chance de n’avoir aucune maladie qui me dirige vers elle, et si malheureusement je la rencontre j’aime à croire que ce sera au détour d’un accident et que je n’aurais ni le temps de réaliser que je quitte cette terre ni de me poser aucune question. Et pourtant cette question restait. Que se passe-t-il ? Qu’advient-t-il de notre personnalité ? N’existe-t-on plus qu’à travers les souvenirs ? Ou une main divine nous soulève-t-elle au contraire vers un nouveau monde ? Une autre des questions que je me suis posé est aussi de savoir si j’étais qualifié pour répondre à cette question. Peut-être moins qu’un prêtre ou un imam, et pourtant je me laisse ici guider par des sentiments propres et non des convictions religieuses. Je vous livre donc mon propre avis, mes propres et sincères conclusions.
Vais-je disparaitre ? La poussière de mes cendres seront-elles la représentation de mon esprit ou au contraire d’une vie maintenant révolue ? Je me dis qu’elles représenteront plutôt une histoire que j’ai eu la chance de vivre. Une histoire que j’ai eu la chance de construire. Une histoire qui a eu un début, un dénouement, et maintenant une fin. Oui une fin. Avec la mort la vie prend fin. C’est n’est pas tant une certitude qu’un besoin. Ce besoin vient d’une lâcheté. La lâcheté qui me permet de fuir la culpabilité. Parce que qu’est-ce qu’est l’homme sinon qu’un animal évolué ? Et si l’homme n’est qu’un maillon de l’évolution, comment justifier que lui accède à une vie suprême et pas le plus commun des animaux ? Cet animal fait de la même chair, soumis aux mêmes besoins, meurtris par les mêmes coups. Et si cet animal se réincarne, ou quoique ce soit, comment puis-je justifier de me déguster de sa chair ? Comment planter mes canines dans de la viande saignante si je sais que cette chair a vécu comme ma chair a vécu ? Puis-je vivre avec ce sentiment de culpabilité ? Certainement pas. J’ai besoin de savoir que cette vie que j’ôte est infime, négligeable et comparable. Et si l’homme accède au paradis, alors jamais je ne pourrai perpétrer ce plaisir sanguinolent et égoïste.
Mais ce n’est pas tout, loin de là. Dans la croyance catholique, l’homme est confronté à un jugement dernier. Trois choix s’offrent à lui, le paradis, l’enfer ou le purgatoire. Que ce soit un ou mille Dieux, je me demande comment peuvent-ils juger la vie d’un homme. Sur ses actes ? Peut-être, mais sûrement pas. Comment comparer celui à qui il a suffi de sourire pour vivre à celui qui a dû tuer pour survivre ? Sur les actions qu’il a réalisées en fonction de son environnement alors ? Là encore la formule est douteuse. Comment mesurer la bonne action chez le chrétien et la bonne action chez le SDF ? La subjectivité n’a jamais été aussi grande. Résumer l’humanité à une seule équation est strictement impossible. La solution est peut-être alors la conscience que l’on a de soi, quelles que soient notre éducation ou nos actions. Mais je vous invite à vous demander si l’anorexique a une conscience réaliste de lui-même. Et qu’en est-il de l’imbécile prétentieux ? Aucune solution ne semble me correcte. Aucune solution ne me semble juste.
Cette question soulève toujours en moi le débat. Je pense que cette question anime notre vie, et que l’enjeu de celle-ci est de partir en paix, quittant cette Terre avec une conviction qui nous rassure, qui nous assure un départ paisible et le plus chaleureux possible.